La Tête dans les Étoiles 

Apprendre à laisser partir pour avancer

"C’est parfois en perdant quelque chose que nous trouvons beaucoup plus"

Le lâcher-prise; qu'est ce que cela signifie vraiment ?  À l'heure actuelle, nous en attendons beaucoup parler. Parfois trop, tellement que cela peut nous agacer. En effet, ce qui est le plus énervant lorsqu'on est en situation ou en état de crise, c'est LA personne qui nous dit:"Détends toi! Tu n’as qu’à lâcher-prise...". C'est alors que nous nous crispons encore plus.

 

C’est une jolie expression, facile à dire, mais concrètement comment y arrive-t-on? L’art du lâcher-prise est complexe à expliquer car il n’y a pas deux chemins de lâcher-prise qui se ressemblent. Je vais donc vous parler dans cet article de mon expérience, de mon ressenti par rapport à ce fameux concept... et de ce qui m'a aidé à desserrer, à détendre, à relâcher la pression quand il y en avait trop.

Il y a quelques années, j'ai fait un burn-out. Avant cela, j'étais persuadée que je pouvais tout faire sans l'aide de personne, que je pourrais vivre dans le monde des valides sans problèmes; faire comme les autres et tenir la pression que nous impose cette vie-là. Puis un jour, tout a basculé et j'ai dû faire des choix pour améliorer ma qualité de vie : j'étais au début de mon master en chimie, je me déplaçais partout à vélo (ce qui est un plus grand effort pour moi étant handicapée), je vivais chez mon père et parfois chez mon copain (on doit toujours penser aux affaires du lendemain et où on dormira)... j'étais à bout mais j'arrivais encore à avancer alors je le faisais. À cette période de ma vie, je me répétais sans cesse la même phrase qui était mon leitmotiv de l'époque : "Tant que je ne suis pas morte, je peux avancer". Ainsi je m'épuisais complètement. J'accumulais la pression sans savoir comment faire pour l'évacuer. Je ne voulais pas lâcher ma vie, mes études... je n'y arrivais pas. Je m'y cramponnais comme si tout dépendait de ma réussite... comme si ma vie en dépendait. Arrêter mes études, c'était comme si ma vie allait s'arrêter d'un coup. Je pensais que relâcher la pression, même un peu, serait un abandon et donc une défaite. Un échec aurait été insupportable à gérer, insurmontable. Je le pensais vraiment! J'étais comme un saumon qui remonte les rivières et les cascades: je résistais au courant et j'essayais de toute mes forces de nager à contre-courant. Je me montrais forte, droite comme un pic et résistante face aux difficultés de la vie et aux coups durs. Et un jour, sans pouvoir le contrôler, je me suis brisée comme jamais car je ne savais pas comment m'arrêter. Lorsqu'on résiste pendant trop longtemps, on ne sait plus comment faire autrement. Depuis petite, j'ai dû me montrer forte face à la maladie et au handicap. J'ai toujours dû lutter et surmonter les obstacles et me battre pour ma survie. La vie m'a toujours mis sur les chemins les plus durs. Je n'ai jamais appris dans la facilité, je ne savais donc pas ce que c'était. J'ai tendance à emprunter les trajectoires les plus escarpées et à résoudre les problèmes les plus complexes. La facilité, je ne la connais pas. J'ai toujours dû m'adapter aux autres. On ne s'est jamais adapté à moi. Et un jour, je me suis bloquée et je n'arrivais plus à redémarrer. À ce moment là, j'ai commencé à m'ouvrir aux médecines douces et aux thérapies alternatives. Mon premier rendez-vous était chez une rebouteuse. À la fin de la séance, elle m'a dit une chose simple et qui peut paraître toute bête pour la majorité des personnes mais qui pour moi, était nouvelle car on ne me l'avait jamais dit auparavant: "Arrêtez de penser avec votre tête, pensez avec votre cœur." Et elle avait raison. Tout ce que je faisais jusque là, ce n'était pas réellement ce que j'avais envie de faire au fond de moi. Si je m'écoutais vraiment, j'aurais eu envie de tout arrêter. Arrêter de me battre pour être quelqu'un que je ne serai jamais (une personne valide); arrêtez de m'épuiser dans des études qui ne me mènerait nulle part (travailler avec un handicap dans le monde du travail actuel est impossible. C'est comme se jeter dans la gueule du loup); arrêtez de faire des efforts pour rien; et arrêtez de toujours courir après les autres. Par exemple, lorsque je skiais avec ma famille, je prenais 10 fois plus de temps pour descendre une piste qui, soit dit en passant, était un peu plus dur que ce que je pouvais faire véritablement car j'essayais de suivre ma famille qui en avait marre de faire des pistes bleues. Ma famille devait toujours m'attendre sur les pistes et, à peine j'arrivais complètement essouffler et tenant à peine debout sur mes skis, je me faisais enguirlander par mes sœurs qui m'avaient attendu pendant des heures. Elles repartaient aussitôt avec mon père, ma mère restant avec moi. Toute ma vie était comme cela: Je n'avais même pas le temps de me reposer que je devais à nouveau repartir et continuer ma lutte. Ce n'était jamais assez! Il fallait que cela cesse. Il me fallait changer. J'ai donc lâché... j'ai arrêté de lutter contre le courant et je me suis laisser portée par la rivière. J'ai arrêté d'être un saumon! 

J'ai changé et je suis devenue moi-même. Cela a pris du temps, beaucoup de temps. J'ai commencé à écouter ce que me disait mon corps et ma douleur. Lorsqu'on est à bout, il y a toujours un événement, une situation pour nous dire "ralentis" ou "arrêtes-toi, tu en fais trop". Dans mon cas, mon corps a parlé. Je me souviens encore des derniers jours avant d'arrêter mon stage de chimie où je rentrais de l'université à vélo. Je souffrais tellement que je n'arrivais même plus à pédaler. Je finissais par rentrer plié en 2, mon vélo à mes côtés. La maladie, la douleur, c'est le corps qui s'exprime, qui nous dit quelque chose. Pour rétablir la communication entre mon corps et mon esprit, j'ai dû m'arrêter et l'écouter. Ma vie était en disharmonie totale. Rien n'allait. J'ai alors tout quitté et j'ai débuté une quête, un pèlerinage intérieur pour me retrouver. Il me fallait pour cela me défaire de tout ce qui m'empêchait d'avancer, de me libérer de certaines croyances de certaines pensées qui me rendaient prisonnière de ma propre vie. Pour lâcher-prise, il faut savoir laisser partir un bout de sa vie, ou certaines personnes qui nous retiennent dans une spiral infernale, ou parfois toute sa vie pour en créer une autre. Il faut savoir faire le tri et s'éloigner des personnes toxiques qui enveniment notre vie. Hors, personne n’est réellement préparé à s'en aller et peu de gens y parviennent réellement. Il s’agit de mettre fin à une inertie, d’arrêter le courant qui nous emporte dans le sens contraire pour recommencer à construire du nouveau. Lâcher-prise c'est comprendre et accepter qu'il y ait une fin à quelque chose pour renaître à autre chose. Car s'il n'y a pas de fin, de rupture; il n'y aura pas de début. Il faut alors commencer par nous défaire de certaines choses, des choses du passé, pour pouvoir accueillir la nouveauté, le commencement d'une nouvelle étape dans notre vie. Après un tel chamboulement, il faut se créer un moment de vide. Le mien a duré 2 ans: faire le vide autour de soi, faire de la place pour accueillir quelque chose de nouveau. Je ne savais pas encore ce que ce serait mais j'avais besoin de prendre du temps pour simplement "ne rien faire" et accueillir ce qui se présenterait à moi.(1), (2) 

"Lâcher prise signifie accepter de regarder une situation d'un autre point de vue en renonçant à tout contrôler."

-Patricia Penot, sophrologue

Le "lâcher prise" ne s'apprend pas. Il n'y a pas de mode d'emploi. Si on essaie de faire des exercices comme des techniques de respiration, du yoga ou autres, on s'impose encore une sorte de contrôle. Il n'y a pas de règles ou de méthodes à appliquer pour lâcher prise. "C’est-à-dire que, lorsque nous allons mal, nous ne devons pas chercher à nous rajouter des efforts pour aller mieux" explique le philosophe Alexandre Jollin dans son livre "Petit traité de l'abandon".

 

Après ma première opération, le chirurgien m'a proposé un stage de MBSR (Mindfulness based stress reduction) car le stress augmente la douleur et favorise la prolifération des cellules endométriales.  Je suis ouverte à tout et très curieuse. J'y suis donc allée en pensant que j'allais apprendre des techniques de relaxation pour atteindre le lâcher prise. Grosse erreur de débutante. Le stage était réparti en 8 séances de 2 heures chacune ainsi qu'une 9ième séance sous forme de retraite silencieuse. La première heure, nous devions nous allonger et écouter les paroles d'une psychiatre qui nous guidait dans une sorte de méditation. Elle nous disait exactement ce que nous devions faire. Au lieu de nous laisser prendre une position qui nous était confortable, nous devions tous nous allonger par terre, droit comme des i. J'étais la seule à m'installer autrement. Même chose pour la "méditation guidée". Je trouve complètement absurde d'être "guidé" pour une méditation. Chaque personne se détend différemment. Pourquoi suivre une voix alors que notre imagination nous offre des possibilités infinies. Je ne suis pas contre la méditation ou l'hypnose, au contraire, je pratique l'auto-hynose (voir mon article: L'hypnose: ouvrir les portes de son imaginaire). Pouvoir choisir nous même et ne plus s'imposer de contraintes quelconques. C'est la première chose à faire pour se détendre et commencer à lâcher prise. Ne pas suivre la voix/voie d'un autre, mais créer la sienne. Le lâcher prise est une liberté et personne ne pourra nous guider car c'est à nous de trouver notre propre voie.

 

Lorsque j'ai commencé mon master en chimie, ma vie ne me plaisait plus. Je stagnais et j'essayais tant bien que mal de me raccrocher à quelque chose. Hors tout ce que je faisais sonnait creux. Il me fallait du changement, je le ressentais au fond de moi. Mon corps se bloquait de plus en plus et de violentes douleurs rongeaient l'intérieur de mon bas ventre mois après mois. Je suffoquais... Pour ma santé physique et mentale je devais tout quitter. En effet, il y a des moments où tout laisser tomber est la seule option. Ce n'est pas un acte d'abandon ou de lâcheté, mais un départ inévitable pour découvrir qui nous sommes véritablement.(3)

"Si rien ne change, rien ne changera. Si vous continuez à faire la même chose, vous obtiendrez ce que vous obtenez déjà.

Alors si vous voulez du changement, faites quelque chose."

– Courtney C. Stevens dans The Lies about Truth

J'ai donc arrêté mon master et je suis partie à 12'350,7 km de chez moi : à Hawaï ! Je croyais que ce serait la chose la plus difficile à faire, hors c'est la meilleure décision que j'ai jamais prise. Parfois on s'accroche à certaines choses que l'on croit importante car nous avons toujours fonctionner ainsi donc pourquoi devrions nous arrêter. En fonctionnant de la même manière, nous savons comment notre journée se déroulera et nous en sommes rassurés, notre cerveau est rassuré. Nous avons peur du changement. En empruntant une nouvelle voie, nous ne savons pas comment la journée finira. Hors, le changement est parfois nécessaire pour notre survie. En effet, lorsque nous sommes mis à rude épreuve, sous pression constante, notre cerveau va commencer à nous envoyer, inconsciemment peut-être, des signaux pour aller vers un endroit plus calme, plus serein. Notre instinct de survie prend d’un coup les commandes pour rétablir l'équilibre dans notre corps. Ainsi il va nous offrir ce qui peut le plus nous aider à ce moment-là : la distance et le silence. "Notre cerveau n’aime pas les changements mais il faut savoir qu’il fera tout sont possible pour survivre, et cette invitation à tout laisser tomber se traduit en un besoin de soin à soi que nous ne pouvons pas ignorer."(3)

 

En partant aussi loin de chez moi, j'ai ainsi offert à mon esprit le repos qu'il avait besoin. Mais pas seulement. J'avais besoin de trouver qui j'étais réellement : quelles étaient mes capacités mais aussi apprendre à mettre des limites et surtout savoir où les poser. J'avais besoin de mettre de la distance entre la vie (de valides) que je menais jusqu'à mon burn-out et celle que je devais me créer (une vie d'invalides). Faire de petits changements dans mon ancienne vie n'auraient pas été assez pour me permettre de me réparer, de guérir. J'avais besoin de mettre beaucoup plus de distances entre moi et les critères qui me définissaient auparavant. Pour atteindre à nouveau un bien-être et retrouver mon équilibre avec ces douleurs qui m'avaient totalement ravagé, je devais prendre du temps, et du temps seule.(3)

"Le lâcher prise peut-être vu comme un processus qui nous offre la chance

de nous ouvrir au nouveau, de tourner une page, de commencer un nouveau chapitre."

Pour m'accepter telle que je suis véritablement, j'ai dû reconnaitre mon handicap. Cela signifiait donc que je devais accepter de faire partie du monde des invalides. La première étape qui a mis mon handicap en avant dans notre société a été de passer mon permis de conduire : par l’autocollant du logo "handicapé" à l'arrière de ma voiture, j'affichais mon invalidité. Me parquer sur les places réservées aux personnes à mobilités réduites et déposer ma carte handicapée sur mon par-brise était difficile à faire au début. Surtout lorsque je sortais de ma voiture avec des personnes autour de moi me fixant et certaines osant me faire des remarques car je ne paraissais pas assez handicapée à leurs yeux pour mériter cette place (ce privilège selon eux!). La deuxième étape a été de m'inscrire à l'AI (Assurance Invalidité) et voir la discrimination dans le monde du travail envers les personnes handicapées. Petit à petit, j'ai dû composer avec un monde qui ne donne pas la place aux personnes invalides. J'ai dû créer ma propre place. J'ai en effet toujours su que je ne rentrerais jamais dans le moule. 

"La croissance personnelle commence quand nous sommes capables d’accepter notre fragilité."

-Jean Vanier

"Ne plus vivre dans l'avenir avec des projets impossible à atteindre, mais apprendre à composer avec ce que nous avons et ce que nous offre le moment présent": c'est cela que j'ai appris avec ma thérapeute de l'époque. Mes angoisses étaient liés à des objectifs que je m’imposais et qui étaient beaucoup trop haut pour moi (car c'était des objectifs de personnes valides). Je me focalisais beaucoup trop sur ma manière de vivre, je me conditionnais complètement et j'en oublié de vivre réellement. J'ai arrêté d'avoir des attentes dans ma vie et c'est ainsi qu'elle a commencé à changer. "Laisser aller les nuages (nos problèmes qui nous encombrent) et ne pas s'y accrocher. Ne pas les retenir. L'important n'est pas d'avoir un ciel sans nuages mais un ciel où les nuages s'en vont et défilent devant nos yeux". C'est une images que l'un de mes professeurs de yoga m'avait conseillé de représenter dans ma tête lors de mes toutes premières séances de relaxation.(4)

J'ai alors cessé de m'adapter au monde pour laisser le monde s'adapter à moi!

par Célimène, le 8 juillet 2019

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​© Août 2018 par Célimène Weber/La Tête dans les Étoiles, créé avec Wix.com

© Dessin du logo " La femme sur une balançoire céleste ", Avril 2018 par Michael Dudok De Wit

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