La Tête dans les Étoiles 

Développer un cerveau résilient

Je me suis beaucoup posée de questions, ces derniers temps, à propos de mon amour pour la vie.  Qu’est-ce qui me pousse à me lever chaque jour malgré un quotidien rythmé par la souffrance ? Quelle est cette force titanesque qui se développe en moi et me permet d’avancer ?

Après avoir vu la mort de très près, mon cerveau a changé. Je suis revenue de mon coma "différente". Je me suis tellement accrochée à la vie qu’une envie de vivre s’est manifestée en moi plus forte que jamais. Je ne sais pas ce que j’ai vécu et ce que j’ai pu traverser lorsque j’étais dans le coma, je ne m’en souviens pas. J’ai beaucoup lu, vu et entendu sur les "expériences de mort imminente". J’y crois, je crois en une vie après la mort. Je crois aussi que le coma profond est une "expérience de mort imminente" et que l’on y apprend quelque chose sur la raison de notre vie ici. Mon amie Luna (1) l’a vécu, et tout comme moi, elle a un amour de la vie englué en elle qui lui donne la force de résister à des douleurs extrêmement violentes pour rester dans ce monde. Nous avons été transformés par ce passage dans un autre état qui nous a fait comprendre inconsciemment quelque chose sur la raison de notre vie. Ce petit quelque chose qui nous rend amoureuse de la vie, plus vivante que jamais. Nous avons ainsi ce point commun qui nous lie : une joie de vivre exceptionnelle malgré un corps altéré par la douleur. Cette envie de vivre a ainsi produit en nous une résistance à la souffrance inimaginable et donc une résilience face aux épreuves de la vie que nous infligent nos maladies chroniques respectives.

Lorsque le spirituel rencontre la science

Depuis toute petite, j’ai compris que je pouvais éduquer et modeler mon cerveau à ma guise. Une nouvelle vie s’offrait à moi et je m’y suis accrochée par monts et par vaux. Je me suis adaptée à ce nouveau monde : J’ai ainsi créé des nouvelles connections entre mes neurones afin d’y survivre. J’ai fait appel à des ressources que je n’imaginais même pas afin de pouvoir "éteindre" certaines zones de mon cerveau pour en "allumer" d’autres. Lorsque je voulais faire une chose, je me donnais les moyens pour la réaliser, j’ordonnais à mon cerveau de le faire : (re)marcher, (re)parler, faire du vélo, faire du ski ….

Le cerveau humain est d’une complexité étonnante : Au centre de celui-ci se trouve un deuxième cerveau. C’est lui qui est responsable de nos émotions ! Ce petit cerveau, dit limbique, a une structure cellulaire bien à lui. Ces propriétés biochimiques sont alors complètement différentes du reste de notre cerveau, appelé néocortex. Cette différence rend très difficile la communication entre ces deux cerveaux qui fonctionnent alors indépendamment l’un de l’autre : On peut facilement crier ou se taire alors qu’il est extrêmement difficile de commander une émotion pour l’augmenter ou la faire disparaître.(2)

Le néocortex est la partie la plus évoluée du cerveau, responsable de la parole, de la pensée… en gros, de l’intellect. Le cerveau limbique gère, quant à lui, tout ce qui a trait aux émotions et aux réactions de survie.(2)

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Le cerveau émotionnel (en rose) est imbriqué dans le néocortex (en ocre) comme des poupées russes

À l’intérieur du cerveau émotionnel se trouve une zone appelée l’amygdale, un noyau de neurones à l’origine de toutes les réactions de peur, de stress et d'angoisses : lorsqu'un stimulus menaçant apparaît, l'amygdale envoie un message dans une partie du néocortex qui se trouve proche de notre front, le cortex préfrontal, pour que nous réagissions au plus vite à cette situation d'insécurité. L’amygdale prend alors le contrôle de notre cerveau si bien qu'il se passe un phénomène commun à chaque individu : le cortex préfrontal perd sa fonctionnalité. Notre capacité à analyser la situation de manière objective et à réfléchir calmement disparaît complètement pour laisser place à la fuite, à une crise de panique… bref, nos émotions s’affolent et nous avons du mal à retrouver un état de sérénité et de calme intérieur. La résilience est donc la capacité d’un individu à calmer l’amygdale pour activer le cortex préfrontal : réduire notre stress afin de développer un esprit plus ouvert, plus réfléchi et plus fort face à l’adversité.(3)

Avoir un cerveau résilient n'est donc pas accessible à tout le monde. Des recherches en neuroscience ont réussi à démontrer les processus subtils que notre cerveau met en place afin de surmonter les obstacles que la vie nous envoie: ce qui permet à une personne d’être plus résiliente qu’une autre se trouve dans la faculté de son cerveau à pouvoir se modifier. Ainsi, plus jeune est la personne, plus grandes seront ces chances d'acquérir un cerveau résilient. Trois facteurs ont été mis en avant lors de ces recherches: la génétique, l'éducation et la modification biochimique des neurones.(4)

J'ai eu la chance de pouvoir bénéficier d'une éducation en or et d'un entourage exceptionnel (famille, amies, aide-soignants... ) qui m'ont permis de développer la résilience qui était déjà en moi. Battante de nature, j'ai su tirer profit de mon environnement et des bonnes personnes qui ont croisées mon chemin tout au long de ma rééducation pour accroître ma force. 

 

Ma famille a toujours été là pour moi. Ma sœur Astrée (1) est un réel soutien et m'a secondé pendant toute mon enfance et mon adolescence. Elle est forte et très volontaire mais aussi exigeante sur ce qu'elle voulait que je devienne. Je l'entends encore affirmer : "Je ne veux pas d'une petite sœur qui ne parle pas correctement" ou encore "je ne veux pas d'une petite sœur qui ne sait pas bien marcher". Elle ne se rendait évidemment pas compte de ce que je traversais à ce moment-là et ne comprenait pas pourquoi je n'arrivais plus à marcher, ni à parler du jour au lendemain. Très assidue et obstinée, je voulais atteindre un objectif de "perfection" pour redevenir "normal", ainsi ces phrases ont renforcer ma rage de vaincre... et de réussir ! Astrée et moi sommes nées sous le signe du Lion, à 3 jours d'intervalles, ce qui nous rapproche davantage. Nous avons ainsi des traits de caractère similaires: toutes les 2 passionnées et dynamiques, nous devons agir et faire avancer les choses.

J'ai su entretenir des liens forts et bienfaisants avec des personnes qui ont su me guider vers les plus beaux sommets du monde: Mes 2 fées marraines, Apolline (1) et Norah (1), m'ont conseillées et encouragées pour m'aider à franchir des voies rocailleuse et enneigées. Elles m'ont soignées et relevées chaque fois que je tombais dans mes varappes tumultueuses. Elles ont géré avec moi les versants les plus abruptes que j'ai eu à gravir pour m'assurer une ascension réussie. Des neuroscientifiques ont montré que de tels liens bienveillants permettent d’optimiser la maturation du système nerveux central (SNC) chez l'enfant.(4)

 

J'ai eu la terrible malchance d'avoir mon accident vasculaire cérébral à 4 ans, un âge où le SNC se modifie encore beaucoup. Certaines personnes de mon entourage me disent que c'est une chance et donc ils sous-entendent que mon combat a ainsi été simplifié par mon jeune âge. En effet, le SNC d'un enfant se modifie plus facilement que celui d'un adulte. Cependant, il faut avoir accès à cette plasticité synaptique (formation et modification des connections entre les neurones au sein du cerveau) et avoir une volonté d'acier pour y arriver. Cela n'est pas donné à tout le monde, indépendamment de son âge!

Développer un cerveau résilient chez un enfant n'est donc pas une tâche aussi simple qu'il n'y paraît. Pour aider l'enfant à supporter un évènement angoissant ou traumatique, il est essentiel de créer une connexion émotionnel entre lui et une personne saine qui saura développer un attachement doux, affectueux et solide. L'enfant aura besoin d'une référence qui lui offre amour, sécurité et protection. Tout cela permet au cerveau de former les bonnes connections neuronales pour n’exprimer ni peur, ni stress. Ceci aboutira à un esprit plus fort, plus flexible et plus réceptif face aux dangers ultérieurs. En effet, le cerveau d'un jeune enfant qui n'aura expérimenté ni crainte ni sentiment d'insécurité avant l'heure, fera face aux problèmes de la vie avec plus d'efficacité tout au long de son parcours. Les neurones d'un tel cerveau produiront ainsi de l'endorphine (molécule du bien-être) et de l'ocytocine (molécule de la confiance et de l'amour) en grande quantité qui se diffuseront dans tout le cerveau ce qui augmentera la capacité de résilience de ladite personne: (4) 

 

"Favoriser des liens forts et un attachement sain permettra à l'enfant de grandir en toute confiance dans un environnement propice à une meilleur résilience plutôt que d'éduquer un enfant à être rapidement autonome et indépendant. En effet, l'auto-suffisance n'est pas un environnement rassurant pour un enfant qui a besoin d'une figure protectrice à ces côtés pour faire face à l'adversité." (3)

Mes parents ont su m'encourager dans tout ce que j’ai entrepris. Ils n'ont pas changé leur éducation par rapport à mon handicap. Ils ont agi avec moi de la même façon qu'avec mes 2 grandes sœurs (sauf que ma mère a toujours été beaucoup plus peureuse en ce qui me concerne mais j'ai su passer outre). J'étais donc aussi capable et compétente que Cassiopée (1) et Astrée (1) ce qui a créé dans mon cerveau une vision d’un monde sans barrière. Ils ont voulu continuer leur vie comme celle qu'ils avaient eu jusque là avec des filles valides. Je ne sais pas si c'était un déni de mon handicap, une volonté pour eux de ne pas voir mes incapacités car me savoir incapable de quelque chose étaient trop dur à voir pour eux (tous les parents veulent voir et savoir leur enfant heureux)... ainsi je me suis adaptée à ma famille. Je pouvais alors faire tout ce que je voulais. Comme le dit Christelle Albart, psychologue expert en neuroscience et coach en développement personnelle: "Certes il y a un handicap, mais il ni a pas de restriction; il y a une différence mais il n'y a pas de limite". Je me suis considérée aussi valide que mes sœurs et de là a commencé ma quête de la perfection... 

 

Mon père est mon plus grand fan, il m'a toujours soutenu et aidé à atteindre mes rêves: "Sois toujours tes rêves car tu sauras contourner le problème à ta façon pour les réaliser; il y aura toujours un moyen pour les atteindre!" explique Christelle Albart dans l'émission "Ça commence aujourd'hui: Comment aider son enfant né avec un handicap ?" diffusée le 02 octobre 2018 sur France 2.

J'ai fait du ski avec ma famille. Pour apprendre à avoir un niveau "décent" afin de suivre ma famille sur toutes les pistes, mon père m'a offert des cours particuliers avec une instructrice génialissime. Lorsque j'ai voulu commencer le snowboard, mon père n'a pas hésité à me proposer des leçons particulières si j'en avais envie. Lorsque j'ai commencé le solfège, mon père s'est intéressé à un instrument de musique que je puisse jouer à une seule main. Il en est arrivé à la conclusion que je pouvais jouer de la trompette, un instrument qu'aucun parent ne voudrait voir entre les mains d'un enfant étant donné le boucan infernal et les fausses notes que j'aurai dû faire subir à leurs oreilles les premiers temps. Mon père étant un amoureux de la musique, de l'opéra et des comédies musicales, a voulu m'offrir l'accessibilité à sa passion et il aurait été enchanté de me voir jouer n'importe quel instrument. Heureusement pour les oreilles de ma famille, j'ai choisi la harpe. Là encore, mon père s'en est réjoui. Je me souviendrais toujours de ce moment où nous étions au culte du dimanche matin à l'hôpital de Bellerive pour voir ma mère qui y travaillait en tant qu'infirmière en soins palliatifs. Une harpiste jouait entre les sermons du pasteur. C'est à ce moment précis que mon envie de jouer de cet instrument a surgi et en pointant du doigt la grande et magnifique harpe, j'ai regardé mon père et me suis exclamée: "Je veux faire ça!" Aussitôt dit aussitôt fait, mon père m'a pris par la main et hop, on est allé droit vers la harpiste pour lui poser toutes nos questions. À mes débuts, je jouais sur une harpe celtique louée. Lorsque j'eus 14 ans, mon père m'a emmené en week-end à Paris pour choisir une grande harpe, rien qu'à moi. Ce week-end restera gravé dans mes plus beaux souvenirs. Mon père a toujours été enchanté de me voir explorer et croquer la vie à pleine dents ! De la cuisine à la chimie, du vélo à une voiture modifiée: il a participé à mon développement et m'a permis de tout faire sans aucune limite.

 

J'ai toujours eu cette envie de vivre ancrée en moi et ma famille a toujours été là pour soutenir tous mes projets, même s'ils n'étaient pas au goût de ceux qui décideront plus tard de mon sort... celui du monde du travail !

Disclaimer :

Je ne suis pas médecin, ni neurologue: Le contenu de cet article est de la vulgarisation scientifique écrit avec l'aide d'articles et de livre cités en bas de page

par Célimène Weber, le 16 octobre 2018

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​© Août 2018 par Célimène Weber/La Tête dans les Étoiles, créé avec Wix.com

© Dessin du logo " La femme sur une balançoire céleste ", Avril 2018 par Michael Dudok De Wit

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