Quand la douleur devient chronique

“Votre corps écoute tout ce que dit votre esprit.”

-Naomi Judd-

Nous avons toutes et tous déjà ressenti la douleur. Qu'elle soit physique ou psychique, la douleur fait partie de la vie. À tout âge, la douleur est un signal d'alarme émis par notre corps pour nous dire que quelque chose ne va pas : Notre corps nous parle à travers la douleur et la maladie, c'est bien connu. La douleur est donc un processus naturel que notre corps à développer afin de se protège des agressions intérieures et extérieurs.

 

Mais alors, quand la douleur devient souffrance, et/ou lorsqu'elle devient chronique, qu'est-ce que cela veut dire?

La médecine conventionnelle a longtemps pensé qu'il n'y avait qu'une seule douleur et qu'elle provenait d'un dysfonctionnement physique (et donc visible) du corps. Ainsi, lorsqu'une personne commence à développer des douleurs chroniques, le médecin aura (trop souvent hélas) tendance à lui dire "c'est dans votre tête" et de poser le diagnostic de "douleur de type psychosomatique" au lieu de rechercher la véritable cause, mais surtout d'écouter son patient.

Alors oui, la douleur provient de notre tête: en effet, le cerveau est le chef d'orchestre du corps humain et donc il est à l'origine de tout ce que nous ressentons, de tout ce que nous faisons... bref, de tous les mécanismes de notre corps. Ainsi, il ne faut pas être Einstein ou avoir fait plus de 10 ans d'études de médecine pour obtenir ce diagnostic primaire qui est celui de "c'est dans notre tête". En effet, le mécanisme "basique" de la douleur est gérer et interpréter par notre système nerveux central (SNC), c'est-à-dire par un ensemble de neurones qui se trouvent dans notre cerveau. C'est donc lui qui nous indique ce qui nous fait mal.

Mécanisme de la douleur (1)

Ainsi, si nous consultons, c'est pour obtenir des réponses que nous ne savons pas. De plus, les douleurs psychosomatiques sont en faite la combinaison d’une vulnérabilité physique qui est renforcée par des facteurs psychologiques. Presque toujours, le patient pensera que le terme "psychosomatique" est synonyme de folie ou d'hystérie alors que celui-ci signifie "provient de l'esprit (psyche) et du corps (soma)". L'origine de cette douleur est donc physique et aggravé par l'influence des émotions que nous ressentons. C'est ainsi que le stress ou d'autres facteurs psychologiques peuvent augmenter une douleur physique et donc bien réelle. Ainsi, cette douleur n'est pas inventée par le patient mais bel et bien présente dans son corps. C'est simplement que ce type de douleur a besoin d'être traitée en profondeur, à l'aide de plusieurs thérapies, et surtout avec plus de temps. Or, dans le monde actuel, les gens ont perdu cette notion qu'est prendre son temps, et veulent que tout aille vite. D'une part, les médecins sont chronométrés lorsqu'il reçoive leur patient : 20 minutes pour les malades ponctuels, 45 minutes pour les malades chroniques. D'autre part, le patient voudrait pouvoir prendre un cachet et que tout soit réglé en quelques minutes. Combien de fois ai-je vu des personnes prendre un médicament et s’énerver parce que 10 minutes plus tard, elles avaient toujours mal. Cela n'est hélas pas aussi simple... (2)

En effet, cette douleur qui a longtemps été perçu uniquement comme nociceptive (captée par les récepteurs des neurones nocicepteurs) n'est plus la seule reconnue. Aujourd'hui, on le sait, il n'y a pas une mais des douleurs. Ainsi, dire qu'une douleur est inexpliquée et envoyer le patient voir un psychiatre en lui disant "c'est dans votre tête", cela revient à faire de la médecine à l'ancienne, explique le professeur Serge Perrot, rhumatologue en charge du centre de la douleur de l'hôpital Cochin (AP-HP) à Paris et auteur de "La douleur, je m'en sors" (Ed. In Press). Alors oui, lorsqu'on a des douleurs en continu c'est important d'aller voir un thérapeute car la douleur chronique peut très vite nous rendre chèvre. Il est donc essentiel pour maintenir une bonne santé mentale d'être accompagné par un spécialiste de la santé mental, que ce soit un psychothérapeute, un psychologue ou un psychiatre (pour la suite de l'article, je simplifierais par l'abréviation psy). Mais, comme dit plus haut,  la douleur étant psychosomatique, il ne faut pas seulement s'occuper de notre psyche pour aller mieux. Il faut aussi s'occuper de notre soma, c'est-à-dire notre corps. On le sait maintenant, le corps et l'esprit sont liés. Il est donc primordial de traiter aussi bien le physique que le mental si on veut pouvoir les gérer au mieux, et si cela est possible, venir un jour à bout de ces douleurs. Ainsi, il faut s'entourer d'une équipe de médecins et de thérapeutes aguerris, qui soit à l'écoute et en qui vous ayez confiance.(2), (3)

Mieux comprise aujourd'hui, le phénomène de la douleur est complexe et résulte de différents mécanismes. Globalement, il y a 3 types de douleurs :

1. la douleur nociceptive : liée à des lésions du tissu somatique ou viscéral.

 

2. La douleur neuropathique : liée à des lésions des nerfs périphériques (nerfs qui parcourt tout le corps) ou centraux (nerfs dans la moelle épinière et le cerveau).

 

3. La douleur nociplastique : liée à un dysfonctionnement ou à une sensibilisation excessive du SNC qui contrôle la douleur. En d'autres terme, le mécanisme de la douleur qui, initialement, est là pour nous indiquer que quelque chose dans notre corps ne va pas, est "cassé" et ne fonctionne plus correctement. Il va donc sur-réagir ou alors réagir à un stimulus pour lequel d'autres personnes ne réagissent pas ou peu.

La douleur peut aussi être mixte, à la fois nociceptive et neuropathique.

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Classification de la douleur (3)

Il y a eu pendant longtemps, et encore maintenant hélas, débat pour faire accepter la douleur de type neuropathique, mais encore plus la douleur de type nociplastique. En effet, la douleur a, pour un médecin et à l'origine, un rôle protecteur (comme expliqué plus haut). Or, ces douleurs ne jouent plus ce rôle-là et sont donc inutiles d'un point de vue médical. Ainsi, pourquoi notre corps crie-t-il alors qu'il ne le devrait pas? Là est tout l'enjeu de la question, et encore maintenant, bon nombre de médecins ne comprennent pas ces deux derniers types de douleurs.

 

De plus, les fondamentaux de la médecine conventionnelle sont basé sur "on croit que ce que l'ont voit". Pourtant, les médecins devraient le savoir: certaines microorganismes peuvent faire de gros dégâts mais ne se voient pas. Il a fallu attendre l'invention du microscope pour pouvoir les observer. Ainsi, une douleur qui ne proviendrait d'aucune lésion identifiable dans le corps serait, selon moi, une douleur qui marque le corps à un endroit donné, sauf que personne n'a encore inventé l'appareil capable d'observer l'image qui produit ladite douleur. On connaissait bien l'existence des virus, bactéries ou autres microorganismes avant l'invention du microscope via l'effet que produisaient ceux-ci dans une boite de pétri (et autres). Ainsi, pourquoi la médecine ne reconnait-elle pas les douleurs qui ne se voient pas via des techniques d'imageries médicales?

Le professeur Perrot explique par exemple qu'une femme opérée d'un cancer du sein continuait de souffrir. La plupart du temps, grand nombre de médecins se diraient que ce n'est pas possible, la patiente est guérie. Et donc ils en concluraient que sa douleur est psychologique. Or, lors de l'intervention, en retirant la tumeur, des petits nerfs ont été touché au passage et donc abîmés et/ou coupés. Ainsi, le circuit électrique de la douleur étant détériorée, la patiente ressent des douleurs quotidiennes qui sont ainsi de type neuropathiques, et donc belle et bien existantes physiquement et pas seulement psychologiquement. Récemment, la troisième classification dite nociplastique a été reconnue. Il y a hélas encore débat à ce jour et beaucoup de médecins n'y croient pas. Cependant, chez certaines personnes, le mécanisme de la douleur est moins efficace "comme des freins de voiture qui lâchent". Conséquence, ces personnes ressentent des douleurs diffuses sans raison. C'est le cas de la fibromyalgie ou du syndrome de l'intestin irritable entre autres...(2)

Encore maintenant, les douleurs nociplastiques ne sont pas reconnus et beaucoup de médecins les catégorisent comme étant purement psychogènes, c'est-à-dire uniquement causée par des facteurs psychologiques. Ce diagnostic est posé lorsque la douleur ne présente aucune lésion anatomique susceptible d'expliquer ladite douleur et son intensité. Il s'agit d'un concept sans fondement scientifique qui ne devrait plus être utilisé puisque des mécanismes au niveau du SNC sont, depuis plusieurs années maintenant, proposés pour ces douleurs chroniques. Comme si ces personnes avaient le pouvoir de faire apparaitre des douleurs chroniques par la seule force de leur mentale. Je pense honnêtement que les médecins qui pensent ainsi et donc ne reconnaissent pas la douleur nociplastique ont trop vu Star Wars. Car si ces personnes possédaient un tel pouvoir, elles choisiraient de faire apparaître autre chose que la douleur dans leur corps. Alors oui, nous connaissons toutes et tous les mécanismes de survie du corps et la capacité du cerveau qui, par exemple, bloque la digestion lorsqu'on éprouve la peur car il est temps de fuir face à un danger et non de rester bloquer sur les toilettes devant l'ennemi. Mais là, nous ne parlons pas d'un simple mal de ventre face à l'angoisse, nous parlons de douleurs intenses et surtout de souffrance.(3)

Lorsque la douleur devient chronique

Nous ne connaissons pas encore tous les mécanismes conduisant aux douleurs chroniques. Cependant, une chose est sûre: nous ne sommes pas égaux face à la douleur. Chacun,.e la ressentira différemment étant donné que nous sommes toutes et tous uniques. De plus, notre état émotionnel du moment va changer notre ressenti face à la douleur. En effet, une maladie ou un accident banal peuvent, dans un contexte psychique fragile et malgré un traitement adéquat, conduire à des douleurs persistantes. "Les émotions, en particulier l’anxiété et la déprime, potentialisent la douleur. Les conséquences sur la vie personnelle, sociale et professionnelle, peuvent être colossales", explique la Dre Christine Cedraschi, psychologue au Centre multidisciplinaire de la douleur des HUG. La douleur devient alors une véritable obsession, au point d’envahir tous les aspects de la vie et d’occuper toutes les pensées, ce qui engendre souvent incompréhension et sentiment d’impuissance chez les proches. "Elle peut conduire à l’isolement, à la dépression, à un sentiment de culpabilité, lorsque la personne ne parvient plus à investir sa vie comme avant", poursuit la psychologue. Ainsi, les circonstances de survenue de la douleur initiale, mais aussi le comportement que l'on décide d'adopter face à la douleur ont un rôle important à jouer sur la progression de notre état physique.(4)


En outre, une bonne prise en charge du patient est un élément primordial sur l'évolution de sa douleur. Des douleurs, qui à la base sont nociceptives, peuvent avec le temps, devenir chroniques et donc neuropathiques. Ce n'est donc plus nous qui influençons sur l'intensité et surtout la chronicité de la douleur, mais le retard de diagnostic et l'errance médical. Comme nous le savons bien, il faut couper la douleur dès son apparition et ne pas la laisser traîner. Il faut donc reconnaître cette douleur et la traiter le plus rapidement possible. Pour le patient, la reconnaissance de sa douleur par son médecin est essentiel. Même si elle n'est pas encore comprise par ce dernier. En effet, reconnaître la douleur ne veut pas dire la comprendre et donc poser un diagnostic aussitôt. Il faut donc arrêter de dire au patient que sa douleur est inexplicable et donc forcément psychologique. Mais souvent, le médecin ne voudra pas reconnaître la douleur avant d'avoir compris d'où elle provient. C'est là tout le problème selon moi. Trop souvent, les médecins posent alors un diagnostic précoce, et donc pour la majorité erronée, plutôt que d'avouer qu'ils ont besoin de temps pour faire plus de recherches et/ou pour consulter leurs paires avant de poser le diagnostic final. Tout cela, parce que beaucoup d'entre eux ont peur d'avouer à leur patient qu'ils ne savent pas, mais surtout parce qu'ils ne veulent/peuvent pas prendre plus de temps pour un seul patient. En effet, les diagnostics complexes demandent du temps, des analyses et des examens diverses, souvent avec d'autres spécialistes. Tout ceci engendre donc de la paperasse; beaucoup de paperasse... et ça, bon nombre de médecins en ont horreur (il m'est déjà arrivé d'être refusé par des médecins lorsque je leur parlais de mes antécédents et de mon parcours de malade chronique). Ils préfèrent alors qualifier la douleur de psychosomatique voir carrément de psychologique (d'où la fameuse phrase "c'est dans votre tête") et passer la main directement à un psy qui lui, a fait des études de médecins pour écouter. Tandis ce qu'un médecin veut pouvoir poser un diagnostic sans avoir à trop écouter "les plaintes" de leurs patients.

Ce qu'un bon médecin devrait faire selon moi est, premièrement, d'avouer à son patient qu'il a besoin de temps pour savoir d'où provient cette douleur car il ne peut pas lui donner de réponse de suite, et deuxièmement, qu'il va tout faire pour trouver et ne va pas le laisser comme ça. Beaucoup de personnes pensent qu'un bon médecin est un Dieu tout puissant qui a réponses à tout et que tout ce qu'il dit est la vérité vrai. Or, il faudrait déconstruire cette image qui est véhiculé par les années d'études et les hautes études (l'intelligence d'une personne ne se calcule pas à ses années passées le nez dans un bouquin). Ainsi, un médecin est un humain comme les autres: ils disent aussi beaucoup de conneries et ils font des erreurs comme tout le monde. Ensuite, un bon médecin devrait prendre le temps d'expliquer audit patient que, son cas étant un peu plus complexe que ce qu'il a l'habitude de voir, il aura besoin d'examens et d'analyses supplémentaires ce qui va prendre un peu plus de temps. Ainsi, il pourrait avoir besoin d'aide, quelqu'un de neutre à qui parler de sa douleur et de se qu'il traverse, car avoir une douleur constante et/ou récurrente est difficile à supporter seul. Alors oui, le patient est toujours le seul à ressentir sa douleur et donc seul face à sa douleur. Mais avoir son médecin qui entend sa douleur, qui le croit et qui reconnaît ce qu'il vit est primordial à ses yeux. Mais aussi pouvoir en parler à quelqu'un, et surtout un spécialiste de la santé mental, est une manière d'être moins seul mais surtout d'être écouté. Car le plus important pour un patient est de se sentir soutenu par une bonne équipe de médecins compétents et de ne surtout pas se sentir délaissé par la médecine et encore plus, se sentir relayé seulement à un collègue psy. Ce n'est pas d'aller voir un psy que le patient n'aime pas, c'est d'aller en voir un sans avoir une bonne prise en charge de sa douleur physique. Car l'un ne va pas sans l'autre comme nous le savons maintenant : il faut autant avoir une bonne prise en charge de la douleur physique que de la douleur mentale. Ainsi, on évite au maximum que la douleur devienne souffrance et que la souffrance devienne chronique. Dans ces situations, une prise en charge globale et personnalisée est alors essentielle: c'est ce qu'on appelle une prise en charge multidisciplinaire. Il existe ainsi dans différentes villes des centres multidisciplinaire de la douleur qui offrent aux patients une approche multimodale grâce aux compétences de nombreux spécialistes qui connaissent et reconnaissent les différentes douleurs.

La médecine ne consiste ainsi pas seulement en soigner des maladies. Pour soigner, il faut comprendre la douleur et donc prendre le temps d'écouter et de comprendre son patient. Et dire qu'une douleur est une pure imagination du cerveau, ce n'est pas avoir entendu son patient et ce n'est en aucun cas un diagnostic. En effet, les douleurs chroniques ne sont ni fiction, ni simulation. Mais comme énoncé plus haut, les techniques diagnostiques actuelles ne visualisant pas ces douleurs, leur reconnaissance par le milieu médical est difficile et prend du temps. Malheureusement, le facteur temps lors de douleurs chroniques est primordial. En effet, certaines douleurs peuvent être soulagées et guéries si elles sont prises et soignées à temps. Plus la douleur persiste dans le temps, plus elle prend du terrain dans notre corps et s'imprime dans nos circuits neuronaux pour finir par s'ancrer en nous. Ainsi, la guérison d'une maladie sur le tard peut malheureusement laisser des douleurs indélébiles qui seront quasi impossible à éradiquer. C'est pourquoi, la rapidité d'un bon diagnostic est important et fondamentale (et par là, je ne veux pas dire "poser un diagnostic précoce"), mais aussi une prise en charge adaptée à chaque patient.(4)

 

Le souvenir de la douleur

La mémoire du corps est la mémoire la plus tenace que nous possédons. En effet, les cellules nerveuses peuvent conserver la mémoire d'un traumatisme et continuer à provoquer de vives douleurs, même longtemps après la guérison d'une blessure, d'un acte chirurgical, voir même d'une expérience traumatique (blessure émotionnelle). 

La présence de douleurs vives, qui persistent longtemps après la guérison d’une lésion (la douleur est qualifiée de chronique lorsqu'elle se prolonge au delà de 3 mois), suggère que le cerveau possède un mécanisme qui lui permette de se souvenir de la douleur. Ce phénomène est possible grâce à la capacité de nos cellules à mémoriser de nouvelles informations essentielles. Bien sûr, cette mémoire a pour principal objectif de mémoriser des tâches qui nous sont bénéfiques. D'où la fameuse citation: "c'est comme monter à vélo, ça ne s'oublie pas". Tous les mécanismes qui sont ainsi mis en place par et dans notre corps ont été développé pour que nous nous adaptions à des fins de survie de l'espèce humaine. Dans le mécanisme du circuit de la douleur, le message de la douleur indique au cerveau qu'il y a danger. Les centres cérébraux qui reçoivent le signal de la douleur vont ainsi déclencher des réactions de protection et de réparation dans notre organisme. Le mécanisme de mémorisation des cellules nerveuses, appelé plasticité neuronale, est dû à la propriété de nos neurones à se réorganiser et à modifier leurs tâches. Malheureusement, ces mêmes mécanismes peuvent se retourner contre nous et c'est ainsi qu'un trauma, voir même un mal anodin, peut être gardé en mémoire par nos neurones: ces derniers vont alors conserver le souvenir du message de la douleur pendant de longues périodes, si bien que lorsque surgit une nouvelle stimulation sensorielle faisant appel auxdits neurones, cette trace mnésique douloureuse présente au niveau de notre cerveau va se raviver. Et plus la connexion entre ces neurones est stimulée, plus elle se renforce et plus elle reste active sur le long terme ou est facilement activée lors d’une stimulation ultérieure. Ainsi apparaissent les douleurs chroniques!

 

Les douleurs chroniques nociceptives émergent à la suite d'une lésion du tissu somatique ou d'un organe. Les douleurs chroniques neuropathiques, quant à elles, sont des douleurs consécutives à une lésion du système nerveux, que ce soit au niveau des nerfs périphériques, de la moelle épinière ou encore du cerveau. Ces dernières peuvent aussi être causées par des nerfs endommagés suite à un traumatisme découlant de chirurgies, d’accidents graves ou de certaines maladies (diabète, AVC, cancer...). Les douleurs neuropathiques touchent souvent une grande région du corps, et sont généralement décrites comme étant brûlantes et/ou lancinantes avec des pics d’intensité qui peuvent ressembler à des coups de couteau ou à une décharge électrique.(5)

En ce qui concerne les douleurs chroniques nociplastiques, elles existent de façon autonome. Ainsi, elles ne sont pas la photographie exacte d’une lésion. En effet, elles peuvent se manifester alors qu'il n'y a aucune blessure identifiable. Mais aussi, l'activation des centre cérébraux de la douleur, au niveau du SNC, peut persister alors que la lésion ou la maladie initiale est partiellement voir totalement guérie. Cela peut se produire lorsque le trauma est mal guéri (errance médicale, diagnostic précoce qui retard la prise en charge...). Les douleurs nociplastiques peuvent aussi survenir à la suite d'un choc émotionnel. Ces douleurs chroniques sont donc liées à un dysfonctionnement des voies neurologiques impliquées dans la gestion de la douleur : le système nerveux garde en mémoire les empreintes laissées par la douleur et continue de l'entretenir sans qu'il y ait de stimulation. Ce déséquilibre provoqué dans le SNC conduit à une augmentation de la perception douloureuse, si bien que la douleur se retrouve rapidement amplifiée et subsiste toujours plus longtemps. Le corps est alors marqué par la douleur durablement. Les douleurs nociplastiques sont souvent diffuses dans tout le corps (fibromyalgie, syndrome Elhers-Danlos...), mais parfois peuvent être ciblées sur un organe (céphalées chroniques, syndrome de l'intestin irritable...).(4), (6)

Les personnes atteintes de douleurs chroniques, qu'elles soient neuropathiques ou nociplastiques, deviennent hypersensibles à des contacts normalement non douloureux (le simple port de vêtements, par exemple). Ce phénomène douloureux est nommé allodynie. De plus, elles peuvent réagir à un stimulus peu douloureux par une douleur anormalement amplifiée. Cette sensibilité excessive est appelé hyperalgie. Il s’agit donc d’un type de douleur chronique très éprouvante, extrêmement difficile à traiter efficacement et qui est associée à une détérioration majeure de la qualité de vie des personnes atteintes.(5)

 

Lorsque la douleur devient maladie

La douleur aiguë est une douleur évoluant depuis moins de trois mois. Elle va déclencher en nous une démarche vers un diagnostic afin de préciser la présence d'une lésion sous-jacente et de la guérir. Elle est liée le plus souvent à un mécanisme de nociception (nocere en latin = nuire) nous permettant de détecter les stimulations susceptibles de menacer l'intégrité de l'organisme. Sa finalité est de déclencher un ensemble de réflexes et de comportements protecteurs (réflexe de retrait, immobilisation de la région lésée, comportement d'évitement…). La douleur aiguë est donc un signal d'alarme, parfois utile pour détecter une lésion, mais qui doit être traitée le plus rapidement possible. Une douleur va devenir chronique au moment où elle va dépasser trois mois. Elle correspond à une douleur que l'on classifiera de maladie, c'est-à-dire à une pathologie complexe, affectant aussi bien notre système biologique, psychologique, que sociale. Elle est considérée comme inutile, c'est-à-dire dénuée de sa valeur d'alarme, et destructrice, souvent multifactorielle, susceptible d'entraîner une dépression, nécessitant, à l'inverse de la douleur aiguë, une approche pluridimensionnelle somatique, psychique et sociale.(7)

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Caractère pluridimensionnel d'une douleur chronique (7)

Vivre la douleur chronique devient rapidement insoutenable et mène donc à des conséquences graves si elle n'est pas prises en charge de manière appropriée et personnalisée. En effet, la douleur devient une véritable obsession pour la personne qui la vit au quotidien, au point d’envahir tous les aspects de sa vie et d’occuper toutes ses pensées. Cela engendre souvent incompréhension et sentiment d’impuissance chez les proches. Les douleurs chroniques conduisent à l’isolement, à la dépression, à un sentiment de culpabilité, lorsque la personne ne parvient plus à investir sa vie et son corps. Elle va donc éviter les situations et les actions ayant déjà provoquées ces douleurs, mais aussi va diminuer de plus en plus les activités physiques de peur de ressentir la douleur. Cette réduction d'activité va détériorer de plus en plus la forme physique de la personne souffrante. Le manque d'activité crée et accroit la douleur ce qui va détériorer encore plus la forme physique de ladite personne qui va de plus en plus éviter toutes formes d’activités. D'un point de vue psychologique, la personne va ressentir de la colère, de l'angoisse et/ou de la peur face à la douleur chronique ressentie. Ces émotions négatives vont mener à une baisse de l'humeur qui, avec le temps, conduira à une dépression. Cette dépression amplifiera la perception de la douleur ce qui aboutira à encore plus de colère, de peur et/ou d'angoisse. La notion de "comportement douloureux chronique" reflète l'installation de ces cercle vicieux psychologique et physique, qui amplifient à la fois la perception de la douleur et son retentissement. Il est alors primordial d'agir rapidement et d'avoir une prise en charge multidisciplinaire efficace pour éviter ce "comportement douloureux chronique".(7), (8)

Cela signifie d'une part, la prise en charge par un généraliste et par un spécialiste traitant l'organe et/ou la région du corps affectée par la douleur. Ensuite, il est important de trouver des thérapies "moteurs" qui nous conviennent comme par exemple, de la physiothérapie, des massages thérapeutiques, de l’ostéopathie... . Il est aussi intéressant de prendre connaissance des différentes thérapies holistiques qui pourraient aider dans la gestion et l’apaisement de la douleur: acupuncture, sophrologie, hypnose, musicothérapie, zoothérapie, art-thérapie, et autres. Et pour finir, aussi important que le médecin spécialiste, avoir une bonne prise en charge psychique/psychologique. On ne peut pas traiter le corps sans traiter l'esprit, et inversement (comme répété auparavant dans l'article). Les deux sont aussi important car indissociable l'un de l'autre. Pour finir, il est nécessaire pour la personne souffrante de trouver des médecins et des thérapeutes de confiance, mais aussi et surtout, des médecins qui sachent communiquer et collaborer entre eux. Car cela est insupportable pour un patient qui doit gérer sa santé de devoir être "la balle de ping-pong" entre ses différents médecins. La charge mentale d'un patient chronique est déjà telle qu'il ne peut pas, en plus, devenir son propre assistant administratif. Hélas, c'est bien connu pourtant, le patient devient rapidement son propre médecin et son propre secrétaire médical ce qui en pâtit encore plus sur sa santé physique et psychologique. Guérir une maladie, surtout la douleur chronique, est un travail qui doit être entrepris aussi bien du côté du patient (le patient est le principal acteur de sa santé), que du côté des médecins. Le patient ne pourra jamais guérir s'il n'a pas confiance en son pouvoir d'auto-guérison, mais c'est la même chose du côté des médecins. Un médecin doit avoir confiance en sa capacité à guérir. C'est un travail qui s'opère ensemble.(4)

La confiance en soi est primordial dans la guérison. Et l'esprit y est pour beaucoup. La connaissance de soi et en ces capacités est indispensable. Pour moi, il est impossible de gérer mais surtout de guérir ses douleur chronique, sans une bonne approche de son psychisme.

Maîtriser son esprit pour apaiser son corps

La douleur est un cri du corps qui nous indique que quelque chose ne va pas. Cette dernière est une perception de notre esprit, de notre cerveau qui l'identifie et la transforme en sensation physique plus ou moins intense. Le signal douloureux est donc individuel et subjectif. Il est ainsi important de savoir comment notre cerveau la perçoit et l'analyse afin de la gérer au mieux.(9)

Notre perception de la douleur est codée dans des régions bien spécifiques de notre cerveau. Les douleurs chroniques, comme nous l'avons vu plus haut, peuvent être affectés par l’attitude mentale et les émotions. Il existe ainsi des thérapies qui peuvent avoir un effet bénéfique sur nos douleurs et qui nous aide à les apaiser au mieux, comme par exemple, les exercices de relaxation et de respiration (cohérence cardiaque), la thérapie d'acceptation et d'engagement ou ACT (Acceptance and Commitment Therapy), ou encore le biofeedback.(9)

Des recherches ont été faite afin d'appliquer la thérapie d'acceptation et d'engagement aux douleurs chroniques. Cette thérapie développée par le psychologue américain Steven C. Hayes et ses collègues, s'inspire des techniques de pleine conscience d’origine bouddhiste et vise à améliorer notre flexibilité psychologique (ou malléabilité de nos pensées) afin d'accepter de vivre la douleur et de l'intégrer dans nos actions du quotidien pour qu'elle ne bloque pas la poursuite de nos objectifs et de nos valeurs.(10)

Des études sur l'ACT réalisées en 2004 par Lance M. McCracken, Professeur en psychologie clinique, indiquent que les personnes qui ont une plus grande acceptation de la douleur s’y réfèrent moins, et présentent moins de symptômes d’anxiété et de dépression. L.M. McCracken a pu démontrer que le niveau d’acceptation de la douleur n’est pas fonction de l’intensité de celle-ci. C’est-à-dire que les personnes ne l’acceptent pas plus sous prétexte qu’elle est moins intense.(11)

La compréhension de la douleur chronique par l’ACT repose sur l’idée que la souffrance s’ajoute à la douleur physique dès l’instant où la personne refuse la douleur et se consacre à la supprimer. La souffrance s'inscrit alors en nous et dans nos pensées dès qu'on essaie de lutter contre ladite douleur. Ainsi, tout ce que nous feront pour tenter de la supprimer, de la contrôler ou de l'éviter ne fera qu'amplifier notre souffrance. L’ACT intervient sur cette lutte plutôt que sur la douleur elle-même. Lors de cette thérapie, le patient va apprendre à réaliser et à prendre conscience que ses stratégies utilisées pour tenter de supprimer et d'effacer sa douleur ne sont pas les bonnes, il sera ainsi plus sensible aux conséquences réelles de ses comportements. À ce moment-là, il pourra ainsi changer de stratégies afin de ne plus lutter contre la douleur : il aura éduqué/modelé son cerveau à penser autrement.(11)

"La douleur est inévitable. La souffrance est optionnelle." (11)

La flexibilité psychologique ou flexibilité mentale désigne la capacité de passer d'une tâche cognitive à une autre ou d'un comportement à un autre, en fonction des exigences imposées à un moment donné. Cela nous apprend à réfléchir à plusieurs possibilités pour résoudre les problèmes qui se dressent face à nous. Dans l’ACT, la flexibilité psychologique est la capacité à choisir de faire ce qui marche bien pour nous malgré la présence d’obstacles, c'est-à-dire nos douleurs chroniques.(11)

 

La combinaison entre une bonne prédisposition à l’acceptation à la douleur et un entraînement mental adapté sont donc des facteurs clés pour que l’impact de la douleur sur notre vie se réduise. Nous ne pouvons pas la faire disparaître, mais en utilisant notre esprit, nous pouvons la diminuer. En effet, notre esprit, nos pensées, ont une énorme influence sur notre santé. On le sait bien maintenant, il y a toujours un aspect psychologique dans toute maladie, quelle qu'elle soit. Le docteur Sarno, professeur de médecine de rééducation, affirme que le cerveau génère des douleurs qui n’ont pas de cause biologique, afin que nous prêtions plus attention à notre corps et que, de cette manière, nous concentrions notre attention sur les “tensions émotionnelles réprimées”. Lorsque nous reconnaissons ces tensions émotionnelles refoulées, les symptômes de la douleur physique commencent ainsi à s'atténuer.(9)

Vivre selon nos valeurs consiste à identifier ce qui nous importe et à agir en ce sens plutôt que de vivre en pilote automatique en attendant que nos douleurs chroniques disparaissent avant de réaliser ce qui est important pour nous. Pour cela, il faut avoir la force de se désengager des tentatives de résolution du problème de la douleur, tout en se réengageant dans des activités quotidiennes, malgré la douleur. C'est extrêmement difficile à faire. C'est pourquoi il est très important d'être accompagné lorsqu'on a des douleurs chroniques.(11)

Bien évidemment, accepter sa douleur et vivre selon ses valeurs ne signifie pas se résigner à chercher des thérapies qui pourraient nous soigner. L'ACT nous entraîne à poursuivre nos rêves malgré la douleur car il ne faut pas transformer notre vie en quête du thérapeute ou du médicament miracle. Mais il ne faut pas non plus arrêter toutes nos recherches qui pourraient nous apporter un bienfait sur nos douleurs. Il est en effet tout à fait normal de vouloir tout mettre en œuvre pour cesser de souffrir. Ainsi, comme pour tout, il nous faut trouver un bonne équilibre entre la recherche de solutions, garder espoir et avoir une vie riche et heureuse malgré la douleur.

Bien connaître son corps pour gérer la douleur

Mon corps, je le connais par cœur. Depuis petite, je dialogue avec lui et j'ai appris à le connaître et à éduquer mon cerveau afin de vivre au mieux avec mon handicap. Un peu comme si j'avais créé un microcosme où tout mon univers vivait en synergie. En dialoguant avec mon corps mais surtout avec mon cerveau, j'avais donc inclus ma pensé dans mon microcosme. J'ai donc grandi avec une confiance en mon pouvoir de guérison qui était inébranlable. L'apparition de douleurs gynécologiques et digestives dans mon microcosme a déséquilibré mon univers. Mon corps criait et pour la première fois, je ne comprenais pas ce qu'il me disait. Mais j'étais sûr d'une chose: ces douleurs étaient gynécologiques! Je suis ainsi allée consulté ma gynécologue qui m'a envoyé chez ma gastroentérologue. Cette dernière m'a ensuite renvoyé chez ma gynécologue voyant que mes douleurs digestives, comme je l'avais remarqué aussi, étaient uniquement présentes lors de mes règles. Ma gynécologue ne trouvant rien d'anormal en m'examinant superficiellement, m'a renvoyé à nouveau chez ma gastroentérologue... Et là a commencé la valse infernale des médecins qui me renvoyaient les uns chez les autres : une errance médicale qui a provoqué en moi la chose impardonnable brisant tout ce que j'avais crée jusque-là : Les médecins ont introduit en moi le doute, ils ont ainsi réussi à me faire douter de mon ressenti en brisant le lien que j'avais avec mon corps. Ils ont bafoué ma confiance en moi ce qui a détruit la confiance que j'avais en la médecine. Et le pire, en introduisant le doute en moi, mes douleurs se sont enflammées et ont pris le dessus sur mes pensées. J'ai donc du faire tout un travail sur moi-même afin de retrouvé mon équilibre: mon Univers. Sans un bon accompagnement, je n'aurai jamais réussi à le faire. J'ai fait un premier travail extraordinaire après mon burn-out (de 25 à 28 ans environ) avec une psychiatre incroyable. Lorsque j'ai fait ce travail, j'étais en pleine errance médicale. J'ai donc voulu reprendre un psychiatre lorsque j'ai su que je souffrais d'endométriose. Je continue mon travail avec ce second psychiatre qui me correspond encore mieux que la première. J'ai choisi un homme volontairement bien que mes souffrances soient d'origine gynécologique. Cela pourrait vous surprendre mais depuis toujours, j'ai une meilleure entente avec les hommes. Ainsi, la majorité de mes médecins sont des hommes. Le plus important pour une bonne thérapie est la qualité de l'échange entre un patient et son médecin. En effet, il faut se sentir à l'aise avec son médecin/son thérapeute et ne pas se sentir jugé.e ou intimidé.e par ce dernier pour que vous puissiez tout lui dire.

Le pouvoir curatif du soutien émotionnel

Le soutien émotionnel est un remède anti-douleur impressionnant et merveilleux. Ce dernier peut être définit par un mécanisme/sentiment de sécurité qui nous protège et nous met à l'abri du mal, lorsque les circonstances nous menacent ou ne sont pas ce que nous voulons. Ce soutien peut surgir de notre for intérieur, mais il peut aussi venir de quelqu’un de familier, de confiance... quelqu'un avec qui l'on se sent bien pour pouvoir se déconnecter et relâcher les tensions. Un bon soutien émotionnel peut se réalisé de différentes façons. Il ne consiste pas seulement en une étreinte afin de réconforter ou de redonner du courage à la personne qui souffre. Le soutien émotionnel peut aussi se faire à distance. Que ce soit par des conduites d'affection, une écoute attentive et active, une présence silencieuse, des marques d'attention ou quelques mots... le soutien émotionnel va aider la personne en détresse à traverser des moments difficiles de sa vie. C'est même un soutien essentiel qui participe activement à la guérison. En effet, c'est reconnu maintenant dans les hôpitaux, les centres de soins spécialisées (par exemple chez les grands brulées), les établissements pour personnes âgées, et bien d'autres... Que ce soit pour des troubles physiques ou psychologiques, le soutien émotionnel est curatif.(12), (13)

Recevoir un soutien émotionnel, c'est admettre et accepter le fait que nous ne sommes pas toujours capables de gérer personnellement tout ce qui nous arrive. Parfois, nous allons avoir besoin de l’aide d’autres personnes. C'est même tout à fait sain de demander de l'aide. Cela montre la maturité et la force intérieur de la personne qui demande de l'aide. Mais surtout, demander de l'aide, c'est faire le premier pas vers la guérison. Avoir besoin d'un soutien émotionnel n'est cependant pas un moyen d'échapper à ses responsabilités et de les rejeter sur l'autre. La personne qui est là pour nous aider n'est pas un pilier qui va nous supporter, sur lequel nous pouvons nous reposer totalement. C'est un accompagnant qui va nous aider, qui sera être présent, à nos côtés, pour que nous puissions affronter l'obstacle avec plus de douceur, plus d'amour. Cette personne de confiance est un échafaudage, une paire de béquilles qui nous soutient, le temps qu'il est nécessaire pour que nous puissions guérir et repartir sur nos 2 pieds, solide et d'un pas assuré. En effet, le soutien émotionnel constitue un grand soulagement quand nous nous sentons seuls,.es ou submergés,.es par les douleurs physiques et/ou émotionnelles. Ce soutien peut nous consoler, nous procurer de la sécurité, de la tranquillité, et ainsi réduire (grandement) la douleur.(12)

“Dans la vie, nous avons besoin de quelqu’un pour nous soutenir,

car sentir que nous avons un refuge nous aide à tracer notre chemin,

avec plus de tranquillité et d’harmonie.” (12)

Sentir que nous sommes connectés,.es aux autres peut également nous permettre de ressentir ce soutien émotionnel qui nous aide tant lorsque la douleur nous envahie. Parfois, nous avons besoin de nous sentir enveloppés, abrités, avec le sentiment que rien ne peut nous arriver. Nous avons besoin de nos personnes, de sentir que quelqu’un se préoccupe de nous et de nos peines, quelqu’un d'empathiques, quelqu'un qui pourra un instant nous consacrer un peu de son temps.(12)

Le soutien émotionnel est alors essentiel parce que si nous n’en avons pas, nous pourrions cesser de trouver un sens à notre vie, établir des relations toxiques ou nous sentir vides. Le soutien émotionnel et social est alors crucial pour nous construire et nous développer sainement et de manière équilibrer, surtout sur le plan émotionnel. Ainsi, plus notre prisme émotionnel est solide, plus notre confiance en nous l'est aussi. La confiance en soi est primordial lors de douleurs chronique car cela vous aidera à vous entourer des bonnes personnes, et part là j'entends, trouver les bons médecins qui saurons vous écouter et vous aider. En effet, avoir confiance en soi va vous permettre de parler librement au médecin, de défendre votre point de vue et de changer de médecins s'ils ne vous traitent et ne vous soignent pas de façon convenable et respectueuse. Car, comme je vous l'ai partagé dans mon témoignage ci-dessus, les médecins peuvent très rapidement vous faire douter de vous et dénigrer les ressentis que vous avez de votre corps. Mais aussi et surtout, la confiance en soi sera le point d'encrage le plus fort pour que vos douleurs ne deviennent pas souffrance et pour éviter le cercle vicieux du "comportement douloureux chronique" (image {3}).(12)

Parmi les différentes manières d'offrir du soutien à une personne en souffrance, l'écoute active et l'étreinte sont des moyens thérapeutiques extraordinaires pour réduire l'impact de la douleur:

1. L'écoute active

En effet, la capacité d’écouter de manière active est la base pour créer un espace où la personne en souffrance pourra se décharger et ainsi s'apaiser de ses maux. En extériorisant ainsi sa douleur, elle aura l'impression de se débarrasser de cette dernière et d'exorciser sa souffrance. Écouter et entendre ne veulent pas dire la même chose : L'écoute est active, entendre est passif. Lorsqu'on se place en position d'écoute, c'est tout notre corps qui tente de se mettre à la place de la personne qui souffre pour essayer de capter ce qu'elle nous dit et de comprendre au mieux ce qu'elle nous explique. Tout cela dans un espace de non jugement. Nous percevons ainsi avec notre corps, nos oreilles, nos yeux, nos gestes... tout notre corps se mobilise dans cette écoute pour que la personne qui parle puisse sentir que nous la comprenons réellement, ou du moins que nous tentons de la comprendre. Nous ne pourrons jamais comprendre sa souffrance totalement car chacun vit la douleur selon sa propre échelle, son propre ressenti. Ainsi, il ne s'agit pas d'essayer de comparer la douleur de l'autre à une douleur que nous aurions vécu, mais simplement de croire sa douleur et d'admettre qu'elle existe à l'intensité dont cette personne la décrit.(13)

“Rien qu’en écoutant profondément, nous soulageons la douleur et la souffrance.”(13)

2. l’étreinte ou synchronicité interpersonnelle

Se prendre dans les bras, s'enlacer, c'est une merveilleuse façon de se connecter. Ce lien physique entre 2 personnes est très significatif autant d'un point de vue psychologique que scientifique. C'est un lien puissant qui permet à l'enfant de grandir en sécurité auprès de ses parents et de ses proches; de s'enraciner dans son foyer, dans sa vie. Mais aussi, c'est le lien entre 2 amis,.es qui réaffirment leur complicité; ou encore le lien entre 2 personnes aimantes qui mêlent leur peau pour fusionner leurs corps et leurs cœurs. C'est un lien puissant qui a une importance capitale dans le soin et la survie de l'autre.(14)

En effet, une étude menée en 2017 par Pavel Goldstein, Dr Simone Shamay-Tsoory et son assistant, le professeur Irit Weissman-Fogel, a démontré comment une simple étreinte entre 2 personnes de confiance peut réduire l’impact de la douleur. Ce phénomène a été nommé synchronicité interpersonnelle.(14)

"Il suffit d’une étreinte pour nous synchroniser avec les personnes que nous aimons" (14)

Il faut rappeler qu'aussi surprenant que cela puisse paraître, la peau constitue l’organe le plus grand du corps humain. Il s’agit d’un tissu fascinant : les trois couches de cellules qui composent l’épiderme, le derme et l’hypoderme agissent comme une barrière de protection contre le milieu extérieur, mais également envoient à chaque instant des dizaines de milliers d’informations à notre cerveau. En effet, nos doigts, la plante de nos pieds et nos lèvres sont faits pour capter l’information la plus fine, la plus délicate et la plus sensible de notre environnement. S’enlacer est ainsi une connexion étonnante au niveau de notre sens du toucher.(14)

 

L'étreinte est un geste affectif et social habituel qui pourrait alors paraitre banal mais en réalité ce geste a une signification beaucoup plus profond que ce que nous pourrions croire. En effet, le fait que 2 personnes se prennent dans les bras n'est pas seulement une marque de tendresse, d’amour ou d’amitié. La communication qui s’établit entre 2 personnes pendant une étreinte est, en réalité, beaucoup plus que du langage non-verbal : c’est un acte de connexion et de synchronisation entre les personnes.(14)

L'étude de Pavel Goldstein a été réalisée avec 22 couples. Les résultats montrent que chaque fois que 2 amoureux s’étreignaient, leurs rythmes cardiaques et respiratoires se synchronisent, tous comme leurs ondes cérébrales: le couple entre dans une même fréquence cérébrale et ainsi dans un état de calme où le côté émotionnel régule le côté biologique, où la synchronisation physiologique parvient à diminuer la douleur physique et/ou émotionnelle. Ce phénomène est appelé synchronicité interpersonnelle car la personne en souffrance reflète au fur et à mesure l'état physiologique de la personne qu'elle enlace. “Plus il y a d’empathie au sein du couple, plus l’effet analgésique sera efficace en cas de douleur” commente Pavel Goldstein. Il démontre aussi à travers cette étude que plus l’intimité est forte entre les deux personnes et plus la synchronisation physiologique sera élevée.(15)

En 2018, Pavel Goldstein co-écrit une autre étude avec Dr. Simone Shamay-Tsoory et le professeur Irit Weissman-Fogel. La Doctoresse Shamay-Tsoory est la première à explorer la synchronicité interpersonnelle dans le contexte de la douleur et du toucher. Dans cette étude, elle démontre la relation entre le toucher et la réduction de la douleur, mais aussi que la personne qui tient la main de celle en souffrance développe son empathie envers l'être aimé car leurs cerveaux suivent le même schéma neuronal. Ainsi, la région neuronale de la douleur qui s'active chez la personne en souffrance commence à s'activer chez son être aimé qui lui tient la main. Les auteurs de cette étude en ont conclu que le toucher était un puissant outil pour communiquer l'empathie, entraînant un effet analgésique. Cette conclusion est alors un espoir dans la recherche des options de soulagement de la douleur sans opioïdes.(16)

Le contact physique, que ce soit sous forme de caresses ou d’étreintes, contribue ainsi à notre subsistance et à notre bien-être. La synchronicité interpersonnelle nous apprend que cette proximité, peau contre peau, nous place sur une même fréquence physique, émotionnelle et même énergétique, nous permettant ainsi de développer notre empathie envers l'être aimé mais surtout qu'un geste empreint de tendresse et d'amour authentique et sincère permet de réduire les angoisses, les préoccupations, les doutes... et la douleur.(14)

“Chaque fois que nous étreignons quelqu’un sincèrement, nous gagnons un jour de vie.”

-Paulo Coelho

Disclaimer :

Je ne suis ni médecin, ni thérapeute: Le contenu de cet article est de la vulgarisation scientifique écrit par moi-même, avec l'aide d'articles cités en bas de page

par Célimène le 8 février 2021